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THE GRAND SUBSTITUTION (1965)

The grand substitution 1965

Réalisateur :
Yan Jun

 

Autres titres :Maan Goo Lau Fong (Titre HK)
Wan Gu Liu Fang (Titre HK)

Pays :Hong Kong

Studio :Shaw Brothers

Genre :Drame Historique / Huangmei diao

Durée :94 min.

Avec Li Lihua
Yan Jun
Ivy Ling Po
Lee Ting
Tong Dik
Chen Yan Yan
Tien Feng
Yeung Chi Hing
Chan Yau San
Cheung Hei
Chan Ying Git
Chen Ying Chieh
Cheng Miu

Résumé les faits se déroulent sous le règne du duc Cheng (晋成公), successeur du duc Ling (晋灵公) en 606 avant Jésus-Christ. Ce dernier avait été intronisé à son corps défendant, à la mort de son père, par le régent Zhao Dun (赵盾). Mais, arrogant et cruel, il était devenu tellement despotique que le beau-frère de Zhao Dun avait fini par l’assassiner, et Zhao Dun avait alors mis sur le trône un frère du précédent souverain.

Info 

Une pièce de théâtre zaju revue et corrigée

 

Une pièce du 13ème siècle…

 

Le titre chinois reprend celui de la pièce de théâtre de l’époque yuan dont le scénario est inspiré : « L’Orphelin des Zhao » (《万古流芳》), seule pièce qui nous soit parvenue d’un dramaturge du treizième siècle, Ji Junxiang (紀君祥).


Comme « Love Eterne », le film repose en grande partie sur l’interprétation des deux actrices principales, deux des grandes stars de la Shaw Brothers à l’époque : Li Lihua et (Ivy) Ling Po, cette dernière dans un rôle travesti comme dans le film de Li Han-hsiang. Et si « Love Eterne » est une adaptation de l’histoire mythique des amants-papillons, « The Grand Substitution » met en scène, et en musique, l’une des grandes histoires du répertoire théâtral chinois, en l’occurrence celle de l’orphelin des Zhao.

 

Seule pièce, mais célèbre, car elle a été traduite en français et la traduction publiée dès 1735, par le sinologue jésuite mort à Macao l’année suivante, le père de Prémare. Traduction d’autant plus célèbre qu’elle a inspiré la pièce de Voltaire, « L’orphelin de la Chine », qui connut un succès phénoménal quand elle fut représentée à la Comédie française en août 1755.

 

Sa traduction, cependant, était incomplète, car ne comportant pas les parties chantées de la pièce. C’est un siècle plus tard que Stanislas Julien en donnera une traduction intégrale, en 1834 [1].

 

… adaptée d’un épisode des Mémoires historiques de Sima Qian

 

L’histoire se passe à la fin de la période des Printemps et Automnes, dans l’Etat de Jin (晋国), et elle est contée en détails dans la treizième des « Maisons héréditaires » des « Mémoires historiques » de Sima Qian (司马迁) : « La Maison de Zhao » (《史记·赵世家》) [2].

 

Dans les « Mémoires historiques », les faits se déroulent sous le règne du duc Cheng (晋成公), successeur du duc Ling (晋灵公) en 606 avant Jésus-Christ. Ce dernier avait été intronisé à son corps défendant, à la mort de son père, par le régent Zhao Dun (赵盾). Mais, arrogant et cruel, il était devenu tellement despotique que le beau-frère de Zhao Dun avait fini par l’assassiner, et Zhao Dun avait alors mis sur le trône un frère du précédent souverain.

 

Or, un favori du duc Ling, le ministre de la Justice Tu Angu (屠岸贾), chercha alors à venger le duc. Il fit assassiner Zhao Dun, son beau-frère et les trois cents membres de la famille. Un seul réchappa du massacre : Zhao Shuo (赵朔), le fils de Zhao Dun, parce qu’il était l’époux de la sœur du duc Cheng, la princesse Zhuang Ji (庄姬公主). Mais il le força à se suicider.

 

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que Zhuang Ji était enceinte. Elle donna naissance à un fils, qu’elle réussit à faire sortir du palais grâce au médecin Cheng Ying (程婴) : celui-ci le cacha dans sa mallette d’herbes médicinales et bénéficia de la loyauté du général chargé de surveiller les sorties du palais, Han Jue (韩厥), qui se trancha la gorge après l’avoir laissé passer. Quant à Zhuang Ji, elle se pendit avec sa ceinture pour ne rien révéler.

 

Furieux d’avoir perdu les traces du bébé, Tu Angu menaça d’exterminer tous les bébés du même âge si on ne le lui rapportait pas. Sur quoi Cheng Ying sacrifia son propre enfant, et son ami l’ex-ministre Gongsun Chujiu (公孙杵臼) se sacrifia lui-même en allant l’apporter à Tu Angu qui tua et le faux orphelin et le valeureux ministre. Tout le monde pensa que Cheng Ying avait trahi Zhao Dun et le méprisa.

 

Cheng Ying éleva ensuite l’orphelin comme son propre fils dans un village reculé de montagne. Puis, lorsque le duc Jing (晋景公) succéda à son père en 600 avant JC, Cheng Ying bénéficia de sa protection et put rentrer au palais avec l’enfant ; Tu Angu, qui n’avait pas de fils, l’adopta.

 

Quand il eut vingt ans, Cheng Ying lui révéla ses origines et le sort de sa famille, mais c’est le duc Jing, dans un esprit de justice, qui fit exécuter Tu Angu, par les mêmes soldats qui avaient exterminé la famille sous ses ordres. Ainsi étaient vengés tous ceux qui s’étaient sacrifiés pour sauver l’orphelin. Il prit le nom de Zhao Wu (赵武), Zhao le martial, et recouvra les titres et honneurs de sa famille.

 

Quant à Cheng Ying, il se suicida pour que son âme puisse aller rapporter à son ami Gongsun Chujiu le succès de leur mission.

 

Les différences avec la pièce …

 

Dans sa pièce, Ji Junxiang a resserré l’intrigue en supprimant les références aux trois souverains successifs, et en situant l’histoire sous le règne du seul duc Ling. Par conséquent, la motivation de Tu Angu pour éliminer Zhao Dun n’est plus de venger son maître, mais simplement de supprimer un rival trop intègre, ce qui reste dans une logique historique. Mais cette seule motivation semble faible pour expliquer qu’il soit allé jusqu’à exterminer les trois cents membres de la famille, événement suffisamment frappant, même dans le contexte de l’époque, pour avoir justifié tout un développement dans les « Mémoires historiques ».

 

Comme il n’est plus question que du duc Ling dans la pièce, l’épouse de Zhao Shuo devient sa sœur, et non plus celle de son fils, le duc Cheng, conformément à la chronologie historique. Mais ceci est un détail. Ce qui est plus important c’est que, dans la pièce, c’est l’orphelin qui tue Tu Angu, et le drame se termine sur l’apothéose du jeune homme ayant vengé sa famille, en supprimant l’épisode du suicide de Cheng Ying. Le dénouement justifie le titre complet de la pièce : « La grande vengeance de l’orphelin de la famille Zhao » (《赵氏孤儿大报仇》).

 

… et le scénario du film

 

Quant au scénario du film, signé Chen Yixin (陈一新), il est fidèle à la pièce, mais avec deux différences essentielles. D’une part, il invente un général Wei Jiang (魏绛) dont il fait le deus ex machina à la fin [3]. Ce général est envoyé calmer les troubles aux frontières au début du film ; et à la fin, quand il est rappelé à la capitale et qu’il apprend la prétendue traîtrise de Zhao Dun, il est indigné. Il le fait venir et le fouette. Sa réaction montre à Zhao Dun qu’il est resté loyal à la famille et qu’il peut compter sur lui pour aider l’orphelin à se venger. Et effectivement, Wei Jiang est déterminant dans le dénouement final.

 

Ce dénouement est bien plus théâtral que celui de la pièce, et pour deux raisons :

- d’une part, dans le film, Zhuang Ji ne s’est pas suicidée, mais est devenue la gardienne du Mausolée impérial. Et c’est là que la rencontre par hasard le jeune Zhao Wu lors d’une partie de chasse, alors qu’un couple d’oies qu’il a atteint d’une de ses flèches est tombé, justement, dans l’enceinte du Mausolée ; le dialogue est un peu tiré par les cheveux, mais Zhuang Ji le chasse quand il lui dit être le fils adoptif de Tu Angu et le fils de Zhao Dun.

- d’autre part, ce n’est pas dans la rue que l’orphelin élimine le ministre félon, mais lors d’un dîner auquel l’ont convié Cheng Ying et Wei Jiang, en apparaissant soudain comme un fantôme vengeur devant les yeux terrifiés de Tu Angu, et en présence de sa mère.

 

Mais on en revient, indirectement, au propos de Sima Qian : ce n’est pas vraiment l’orphelin qui est mis en exergue, mais le valeureux et modeste médecin qui a sacrifié son propre fils pour le sauver et s’est sacrifié pour l’élever jusqu’à ce qu’il puisse se venger.

 

C’est bien de Cheng Ying dont il est question dans le titre chinois : wàngǔliúfāng 《万古流芳》. Il s’agit d’un chengyu (une expression consacrée) qui signifie « laisser un souvenir impérissable à travers les siècles », en parlant de héros effacés. C’est l’inscription gravéeà la porte de sa maison, dans le village de montagne où Cheng Ying se retire dans la pièce, une fois sa mission accomplie.

 

Quelles que soient les faiblesses du scénario, cependant, elles ne sont pas importantes, car, comme tout livret d’opéra, l’histoire n’est qu’un prétexte pour valoriser la représentation, qui passe d’abord par la musique et les interprètes, mais aussi par les somptueux décors et costumes typiques de la Shaw Brothers.

Prix du Meilleur Film au 12ème Asian Film Festival.

 

 ( Lien vers la video )

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